Archives Mensuelles: mai 2014

(re) partir !

Il y a ceux qui restent et qui ne comprennent pas : partir, mais pourquoi ? Ils ont le sentiment que tu viens d’arriver, que tu fais désormais partie du paysage, et puis, tout ce chemin parcouru qu’ils considèrent avec effarement, non, un tel gâchis, ce n’est pas Dieu possible, tu ne vois pas ? Tu as fait le plus dur, gravi la montagne de la langue, apprivoisé les visages, la dureté, le froid, vois, partout des amis, regarde, des musiciens aussi, et de l’imprévu encore, à chaque coin de rue. Et tu te laisserais presque convaincre, mais oui, dans l’euphorie du printemps revenu, dans les jours qui rallongent et réveillent les grandes illusions, et les sourires qui éclairent le visage de tes étudiantes comblées, qui te couvrent de cadeaux, de remerciements venus du ciel, douces émotions, pour un peu tu y croirais, à cette vie qui coule de source. Mais il suffit de retourner la carte et « rester » ouvre des abîmes, pourquoi ici plutôt qu’ailleurs, pourquoi aujourd’hui, quelle est cette vie qui m’est échue, te voilà projetée au-delà de l’hiver qui viendra bien assez tôt, et tu sais que le départ est inéluctable, malgré la lumière ou la verdure qui t’enivrent. Oui, tu le sens, ce déséquilibre vital, cette aspiration par le vide, il te faut tout reprendre, retrouver cet appel d’air, bouffée folle dont tu t’es grisée en poussant les portes de ta prison dorée, où il te faudra revenir si tu échoues, mais voyons un peu, d’ici là, ce que la vie te réserve.